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Blockchain et mobilité électrique : retour d’expérience dans le Grand Est

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Les 29 et 30 novembre, ÉS et EDF ont testé avec succès le paiement des recharges de véhicules électriques, via une blockchain, dans le cadre de l’expérimentation Oslo2Rome. Une première mondiale !

Oslo2Rome est une expérimentation menée avec sept opérateurs européens de stations de recharge de véhicules électriques, parmi lesquels Sodetrel, la filiale mobilité du groupe EDF, et coordonnée par la société allemande MotionWerk. Durant la dernière semaine de novembre, des conducteurs de sept pays européens ont traversé les frontières avec leur portefeuille e-Mobility pour tester un réseau transfrontalier de bornes de recharge présélectionnées et payer leurs recharges de batteries grâce à une blockchain Ethereum.

Après les témoignages des conducteurs, place au témoignage des experts de la blockchain.

Gilles Deleuze, chef du projet blockchain à EDF R&D

Gilles Deleuze (EDF R&D) : L’expérimentation Oslo2Rome s’appuyait sur une blockhain de test Ethereum avec PoA (Proof of Authority). Elle a permis d’évaluer la blockchain dans un mode de fonctionnement encore hybride : en effet, les bornes et les back-end des opérateurs ne sont pas connectés directement à la blockchain de test Ethereum employée. Un serveur intermédiaire a été utilisé. À terme, les back-end pourront être reliés en direct, comme des bornes privées (hôtels, magasin, copropriétés).

Concrètement, l’application Share&Charge pour Smartphone reçoit les informations de disponibilité et de prix à la fois du serveur de MotionWerk et de la blockchain. Par exemple, le tarif est dans le smart-contract, la disponibilité est un live status fourni via l’API entre le back-end de l’opérateur et le serveur de MotionWerk. Une borne est affichée sur la carte de l’application avec son statut (disponible ou non). Cette information provient du serveur qui, lui-même, se fonde sur les vérifications faites par la blockchain, et le statut est donc géré à deux endroits. De même, le prix est stocké sur le serveur et la blockchain dans cette architecture de test. Le calcul du prix et la vérification que le porte-monnaie est assez crédité pour charger est fait entièrement par la blockchain. Techniquement l’application du mobile pourrait aller chercher l’information sur la blockchain, mais cela pourrait se faire avec des retards, car la chaîne publique peut avoir des instabilités, surtout lors de pics d’activité. Il faudra aller plus vite pour éviter d’utiliser ce serveur.

Gilles Deleuze, EDF R&D, revient sur oslo2rome, une expérimentation de blockchain pour faciliter la mobilité électriqueLa future blockchain de MotionWerk sera OMOS, sur base Ethereum. Elle assurera une relation directe entre le téléphone et la blockchain, en assurant un débit de transaction suffisant. Ainsi, ce sera le téléphone qui commandera les stations : en direct pour des bornes privées, via le back-end de l’opérateur pour des bornes publiques. On s’oriente donc vers une blockchain de consortium avec PoA, sans serveur. Un prototype est en test

Autre point notable, nous avons pu estimer le coût d’une transaction. Pour une charge (du début à la fin), les contrats ont consommé entre 250.000 et 300.000 Gas. Sur la chaîne de test, cela représente 0,00000002 Ether. En exploitation, cela représenterait 0,0000000001 Ether. Au cours (très élevé) de l’Ether le 30 novembre, 100.000 Gas, coûtait à peu près 0,0000036335 Ether, soit 0,00158 dollars. Une blokchain de consortium permettra de baisser ce coût drastiquement.

Pour la suite, nous allons commencer à expérimenter plus en détail la technologie OMOS. Évaluer les spécificités, les performances. Nous devons aussi commencer à étudier le modèle économique. OMOS va être soutenu par une fondation. Ce sera donc un code open source, avec des valideurs organisés en consortium, qui auront des accès spéciaux et une rémunération. Comment situer l’offre de Sodetrel dans ce contexte ? Quelles applications mettre en avant : des services de cartographie dédiés, des micro-assurances, des compteurs de CO2 économisés, etc ?

Une autre question m’est apparu lors de cette expérience, c’est le nombre d’aléas liés à la mobilité, indépendants de la blockchain : borne en panne, incivilité de conducteurs qui squattent les bornes, etc. La question est d’évaluer la sensibilité d’un système à base de blockchain face à ces imprévus, qui gênent l’exécution des contrats réputés infalsifiables et irréversibles. Se pose aussi la question de la taxation, divergente entre pays voisins. Il faut créer un système de recette de TVA par cryptomonnaie. Les questions ne manquent pas et illustrent bien les enjeux de l’avenir des crypto-monnaies.

Julien Brodier, cofondateur de Talium, société strasbourgeoise, éditeur de logiciels et intégrateur de solutions blockchain.

Julien Brodier (Talium) : J’ai été contacté par Bernard Bloch, d’ÉS, pour participer à Oslo2Rome, en tant qu’expert Blockchain et directeur de Talium, qui développe la solution technologique Sunchain de partage d’énergie en pair-à-pair dans le cadre de la loi sur l’autoconsommation collective. Bernard coordonnait l’expérimentation franco-allemande, en lien avec Gilles Deleuze, d’EDF R&D, et Laurent Perez, de la Délégation régionale Grand Est d’EDF..

Julien Brodier, Talium, revient sur oslo2rome, une expérimentation de blockchain pour faciliter la mobilité électriqueLe système Share&Charge permet de simplifier le paiement international d’une recharge de voiture électrique, via l’utilisation d’un registre décentralisé pour le stockage des transactions, à savoir ici la blockchain Ethereum.

La première question venant à l’esprit est le coût énergétique dépensé en puissance de minage sur de nombreuses blockchains publiques, comme Ethereum. Or, d’après les informations mises à disposition (OMOS), Share&Charge fonctionne sur la blockchain Ethereum en mode Proof-of-Authority (et non Proof-of-Work), donc à consommation électrique négligeable et haut débit transactionnel.

Bernard nous avait demandé des informations sur nos smartphone pour que MotionWerk puisse nous créer un compte qui nous a permis de télécharger l’application Share&Charge sur l’AppStore de bêta-testing, dans un temps raisonnable. MotionWerk avait également créditer notre portefeuille e-Mobility à partir de monnaie fiat, ce qui nous a permis d’effectuer nos dépenses sur les bornes choisies. Ce crédit déclenche en effet la création de nouveaux Mobility Tokens dépensables auprès des bornes de recharge. Comme nos comptes étaient déjà crédités lorsque nous nous sommes connectés à l’application Share&Charge, nous n’avons pas pu tester cette fonctionnalité.

L’application Share&Charge permet de chercher les bornes compatibles les plus proches par géolocalisation, et de voir si elles sont déjà occupées. Durant notre parcours, nous avons pu utiliser avec succès cette fonctionnalité.

J’ai roulé avec Bernard dans une Renault Zoé ÉS, dernier modèle. Partis la veille de Toul et passant par Sarrebruck, Laurent Perez, EDF et Jonathan Klein, fondateur de Tresorio Mining, nous ont rejoint au siège d’ÉS à Strasbourg, où nous les attendions avec Pierre Simon et Laurent Schaeffer, deux salariés d’ÉS. Puis, avec nos trois véhicules, nous sommes partis et nous avons tester la recharge comme prévu à Fribourg-en-Brisgau, Pfastatt et sur l’aire d’autoroute du Haut Koenigsbourg.

À chaque arrêt, nous avons couplé notre smartphone à une borne afin de démarrer le début de la recharge. Avec Bernard, notre Zoé n’a pas rencontré de problème particulier lié au système Share&Charge. Après chaque recharge, nous avons pu consulter nos dépenses effectuées depuis l’application mobile.

La différence de Share&Charge, par rapport à une application classique avec serveurs centralisés, est que les différents partenaires de l’expérimentation – dont Sodetrel, la filiale d’EDF – accèdent tous au même registre décentralisé, public et immuable, dans lequel sont stockées toutes les transactions relatives au Mobility Token. On peut supposer que le réseau de test Ethereum PoA utilisé est Kovan (Parity) ou Rinkeby (Geth). Il aurait été intéressant de pouvoir consulter le Smart Contract qui gère les Mobility Tokens, ainsi que ses différentes transactions, via un explorateur de blocks comme https://kovan.etherscan.io ou https://rinkeby.etherscan.io , comme pourraient le faire les différents partenaires Innogy ou EDF en toute transparence.

C’était important pour moi de participer à Oslo2Rome, parce qu’on a pu tester une application de la blockchain, déployée à l’échelle internationale, dans des conditions réelles, avec des vraies bornes de recharge, avec les problèmes inhérents à toute expérimentation, problème qui ont été résolus et ça s’est bien passé.

Jonathan Klein, fondateur de Tresorio Mining, société messine de minage de blockchain.

Jonathan Klein (Tresorio Mining) : Tout d’abord, je tiens à féliciter toute l’équipe. Ce fut une journée vraiment très intéressante. N’ayant jamais eu l’occasion d’effectuer un long trajet en véhicule électrique, j’ai pu prendre pleinement conscience des enjeux technologique liés à une potentielle mass adoption. L’autonomie de la batterie en est un, mais il semble que ce verrou soit en passe d’être levé.

Jonathan Klein, Tresorio Mining, revient sur oslo2rome, une expérimentation de blockchain pour faciliter la mobilité électriqueL’autre enjeu est celui de la mise à l’échelle d’un réseau de bornes ouvert à tous et facile d’utilisation. J’ai été extrêmement étonné de découvrir que le mode de fonctionnement de ces bornes n’était pas uniformisé et rendait leur utilisation si compliquée en cas de long trajet. L’expérimentation Oslo2Rome constituait donc un cas d’usage de la blockchain à haute valeur ajoutée, puisque la technologie blockchain permettra probablement de simplifier la vie de milliers d’utilisateurs et de faciliter l’adoption de ce mode de transport.

Au niveau technologique, j’avoue avoir encore du mal à appréhender correctement le fonctionnement du smart contract. Quelles données transitent par la blockchain, par rapport aux serveurs de MotionWerk ? Est-ce scalable dans la version actuelle d’Ethereum ? Comment s’organisent les flux financiers entre l’utilisateur, MotionWerk et l’opérateur de la borne de recharge ? Je serais très intéressé de voir un document plus technique sur cette partie-là.

En conclusion, je suis ravi d’avoir enfin pu observer le pouvoir de la technologie à travers un cas d’usage concret et utile à tous. Même si nous avons connu quelques bugs et que de nombreuses améliorations peuvent être développées, comme l’ouverture du système à des particuliers propriétaires de bornes de recharge, ou l’enrichissement des données sur les bornes passant par l’application, cet essai pose les bases d’un système plus inclusif et plus efficient. Merci encore pour l’invitation !


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