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L’économie du Rhin et ses métiers

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C’est un duo féminin qui a accueilli le public à la Maison de l’Université de Haute-Alsace à Mulhouse et ouvert cette première soirée des tables-rondes du cycle Au fil du Rhin consacrée à « L’économie du Rhin et ses métiers ». Sophie Kohler, Vice-présidente Vie étudiante et politique culturelle de l’Université Haute-Alsace (UHA), et Christelle Mutschler, Secrétaire générale de l’association Au fil du Rhin et Déléguée à l’action régionale d’EDF en Alsace, ont tour à tour souligné l’originalité de ce cycle de trois conférences, fruit d’un partenariat entre EDF et l’UHA d’une part, entre EDF et l’association Au fil du Rhin d’autre part.

« Le Rhin n’est pas un fleuve comme les autres, a d’emblée souligné Didier Bonnet, journaliste économique et animateur de la table-ronde. C’est un fleuve frontière, c’est une aventure de navigation et de transport qui ne s’est jamais arrêté, malgré les guerres. » L’animateur de cette table-ronde a ensuite demandé aux participants d’exprimer ce que le Rhin évoque pour eux.

« Pour moi, le Rhin, ce sont des souvenirs d’enfance. J’habitais Vogelsheim et mon père me racontait les inondations et les débordements du fleuve », se souvient Claude Schaeffer, Chargé de mission Parcours professionnels à la Centrale nucléaire EDF de Fessenheim. Un souvenir d’enfance partagé par Jacky Scheidecker, Directeur des Ports de Mulhouse-Rhin. « Pour moi qui suis de Mulhouse, ce sont des souvenirs de longues parties de pêche, un plaisir qui m’anime encore aujourd’hui. » Pour Brigitte Bouchez, le Rhin est surtout une réalité qui anime son quotidien en tant que Directrice des études et de la vie universitaire de l’UHA.

Un fleuve synonyme d’activité économique et de création d’emplois

Claude Schaeffer, Chargé de mission Parcours professionnels à la Centrale nucléaire EDF de Fessenheim

Claude Schaeffer, Chargé de mission Parcours professionnels à la Centrale nucléaire EDF de Fessenheim

Le décor planté, Claude Schaeffer a expliqué les activités exercées par EDF sur le Rhin. Avec 3 000 salariés, EDF constitue le second employeur industriel d’Alsace. Et en termes d’investissements, la production d’électricité d’origine hydraulique et nucléaire représente 100 millions de travaux de maintenance annuels sur le Rhin, du nord au sud de l’Alsace. « En termes d’emplois, cela se traduit par trois types de métiers : des métiers de la production et de la maintenance, jusqu’à Bac+5 ; des métiers d’ingénieurs informatique et de gestion des risques ; enfin beaucoup de métiers d’appui comptables, ressources humaines, logistiques, etc. Mais nos métiers touchent aussi le pilotage des écluses sur le Rhin, une activité moins connue du public. Nous comptons pourtant une cinquantaine d’éclusiers EDF sur le Rhin qui gèrent le passage de 20000 bateaux par an. Et de façon transverse, nos métiers concernent également la gestion de la préservation de la biodiversité. Une activité importante et variée qui se traduit également en termes de renouvellement des compétences suite à de nombreux départ en retraite. A EDF, nous avons vécu une grosse vague de renouvellement des départs en retraite, à raison de 200 recrutements par an depuis plus de dix ans. L’apprentissage est un autre domaine cher à EDF. L’apprentissage représente un aspect important de nos recrutements, souligne Claude Schaeffer. L’apprentissage, c’est 6 à 7% de nos effectifs. C’est une vraie richesse. De même, l’égalité professionnelle est un enjeu essentiel chez EDF. Et féminiser nos métiers, favoriser l’égalité hommes-femmes et l’inclusion de personnes en situation de handicap sont d’autres motifs de fierté pour nos entreprises. »

« Les gens l’ignorent mais les Ports de Mulhouse-Rhin constituent le troisième port fluvial de France après ceux de Strasbourg et de Paris. »

Jacky Scheidecker, Directeur des Ports de Mulhouse-Rhin

Jacky Scheidecker, Directeur des Ports de Mulhouse-Rhin

« Les Ports de Mulhouse-Rhin, ce sont trois sites portuaires ancrés au sud de l’Alsace au cœur d’une zone économique transfrontalière : les ports de Mulhouse-Ottmarsheim, représentant 2300 emplois induits, Mulhouse-Ile Napoléon, 15000 emplois induits, et Huningue, 950 emplois induits, insiste Jacky Scheidecker. Notre activité est surtout en lien avec la dynamique des secteurs céréaliers, automobiles et chimiques, avec un transport fluvial embarquant majoritairement des conteneurs. A côté de l’activité de nos propres salariés, les métiers induits sur la zone portuaire relèvent de la manutention, de la logistique, de la conduite de locomotives, etc. Aujourd’hui le Rhin, c’est environ 300 millions de tonnes qui circulent sur le Rhin, pour une capacité de 600 millions. La tendance est à la massification avec des bateaux de 2500 à 3000 tonnes, afin de limiter le coût de transport à la tonne. Le Rhin est soumis également aux impacts climatiques. En période de basses eaux, les bateaux sont limités à 700 tonnes, d’où un coût de la tonne en forte hausse. »

Le lien des emplois décrits avec les formations proposées à l’UHA illustrent la mondialisation de ces activités. « Là où on rejoint le fil du Rhin, c’est notamment sur les formations transfrontalières, explique Brigitte Bouchez. Nous avons des formations tri-nationales où les étudiants, issus des trois pays, tournent sur les trois pays tant pour le suivi des cours que pour les stages de découverte des entreprises dans les trois pays. » En Alsace, l’UHA propose également des filières de formation qui sont précieuses pour EDF. « Nous faisons appel à d’anciens étudiants de l’UHA, notamment en terme de Management du risque, de Ressources humaines, de Génie électrique, explique Claude Schaeffer. EDF fait aussi profiter l’UHA de ses expertises, un certain nombre d’experts des sites de production d’électricité sur le Rhin intervenant dans les cursus universitaires dispensés sur les campus de Mulhouse et Colmar. »

Journaliste curieux de comprendre les motivations humaines, Didier Bonnet a demandé aux intervenants de préciser le profil des candidats recherchés. « Nos critères de recrutement reposent beaucoup sur l’envie et le sens que les postulants veulent donner à leur parcours professionnel. Nous devons pouvoir évaluer comment nous les gèrerons dans le temps. » Une réalité que confirme Brigitte Bouchez. « Il faut qu’on apprenne davantage à nos étudiants à se vendre. Aujourd’hui, nous sommes tous conscients que le CV et le diplôme ne suffisent plus. » Du côté des Ports de Mulhouse-Rhin, la réalité est plus terre-à-terre, comme l’explique Jacky Scheidecker : « On est pieds et poings liés à l’activité. Une chute des exportations d’un client comme PSA pèse immédiatement sur l’activité et les investissements portuaires. »

Le métier de la navigation s’est beaucoup numérisé

Brigitte Bouchez, le Rhin est surtout une réalité qui anime son quotidien en tant que Directrice des études et de la vie universitaire de l’Université de Haute-Alsace.

Brigitte Bouchez, Directrice des études et de la vie universitaire de l’UHA.

Une autre mutation qui transforme l’activité au fil du Rhin touche au numérique. Comme le rappelle Didier Bonnet, « à Mulhouse, il y a des projets fantastiques autour du numérique, comme le km0. Grâce au numérique, le maire de la ville, Jean Rottner, rêve ainsi de refaire de Mulhouse la ville industrielle de demain. » L’UHA s’est déjà mis en ordre de bataille. « C’est une ambition aussi pour l’UHA. Nous avons déjà développé l’UHA 4.0 et la Ligne numérique pour favoriser l’émergence de talents et pour répondre à une forte demande des entreprises de notre région. » Une réalité que confirment les deux représentants industriels présents. « Nous avons besoin d’informatiser les fenêtres de chargements dans les différents ports. Nous avons ainsi un projet avec les ports allemands et suisses. Nous interfaçons également ces données avec un service de géolocalisation des bateaux afin d’optimiser les prévisions et le suivi des activités. » Même souci d’innover du côté d’EDF : « Nous devons gérer des bateaux qui font 160 mètres de long, des activités à flux tendus et 24h sur 24. Nos éclusiers sont formés en conséquence et nous avons également informatisé des systèmes de radar, de contrôle et de visualisation qui ont amélioré la maîtrise de la sécurité de la navigation sur le Rhin. »

La continuité de la navigation fluviale est essentielle pour l’économie européenne

« 60% des entrées d’énergie de la Suisse passe par le Port de Bâle. Pour les Suisses, le port de Bâle est un véritable port de mer, souligne Jacky Scheidecker. Aujourd’hui, un port est une plateforme multimodale. Le conteneur a été une révolution. Avant, on remplissait des cales, maintenant, on charge des conteneurs qui transportent toutes sortes de marchandises : alimentaires, produits minéraux et chimiques, … Aujourd’hui, un port est une PME mais avec un modèle de concession qui a ses limites. Le port doit être un levier de développement au service d’une politique de développement économique. » Un argument que partage Christelle Mutschler. Pour la Déléguée à l’action régionale d’EDF en Alsace, « la navigation fluviale est essentielle car bien plus pratique et bien plus économe en CO2. » Le Directeur des Ports de Mulhouse-Rhin en est également convaincu : « Le transport fluvial se prête formidablement bien pour le transport de produits volumineux ou lourds. Mais les démarches administratives sont très lourdes et la route reste hélas une solution de repli peu favorable à l’empreinte écologique des matériaux. »

Avant de conclure, Didier Bonnet a souhaité connaître le point de vue de Jean Klinkert, Président de l’association Au fil du Rhin, mais également Directeur de l’Association Départementale du Tourisme du Haut-Rhin. « Mon père était journaliste dans un journal de Colmar qui s’appelait, cela ne s’invente pas, Le nouveau Rhin français. En 1956, je me souviens avoir traversé le Rhin à pied avec mon Père lors de cet hiver resté historique. Aujourd’hui, le tourisme fluvial s’est largement développé et le nombre de bateaux de croisière amarrés est très impressionnant. Le Rhin et le tourisme sont ainsi extrêmement liés pour moi. Le long du Rhin, nous avons la chance de disposer de nombreux sites majeurs comme la ville de Strasbourg, la Cathédrale de Breisach, les fortifications de Vauban à Neuf-Brisach. Nous avons également des sites naturels remarquables comme la Petite Camargue alsacienne. Et côté formation, l’UHA propose également une formation touristique tri-nationale. » En matière de tourisme industriel, Jacky Scheidecker confirme que « les ports de Mulhouse ont développé des événements pour les étudiants et le public afin de mieux faire connaître ses activités. »

A l’issue de cette première table-ronde, la démonstration a été apportée que le Rhin est un fleuve créateur de richesses et d’emplois de part et d’autre de son cours, tant au niveau des zones portuaires, que de la production d’énergie et du tourisme. Rendez-vous est d’ores et déjà donné pour les deux prochaines tables-rondes qui élargiront le champ des richesses que l’on trouve au fil du Rhin.

Lire également l’article rédigé par Paul Haering, chercheur chez EiFER, l’Institut Européen de Recherche pour l’Énergie, détenu à parts égales par EDF et le KIT (Institut de Technologie de Karlsruhe), et membre de l’association Au fil du Rhin. Nous avons demandé à Paul de nous fait part de ce qu’il a retenu de cette table-ronde.

Prochaines tables-rondes Au fil du Rhin / UHA

Lundi 18 avril de 18h à 20h à Colmar
> La biodiversité au fil du Rhin

  • Michel Samso, vice-président de la Petite Camargue Alsacienne.
  • Jean-Franck Lacerenza, expert piscicole de l’Association Saumon Rhin.
  • Jean-Nicolas Beisel, enseignant-chercheur à l’École Nationale du Génie de l’Eau et de l’Environnement – ENGEES.
  • Serge Dumont, chercheur à l’ENGEES, plongeur-réalisateur de documentaires.

En Alsace, le développement des activités le long du Rhin s’est accompagné de nombreuses initiatives mises en œuvre pour préserver les richesses naturelles du plus long fleuve d’Europe. Les actions entreprises pour protéger les zones naturelles des îles du Rhin, gérer les surfaces en réserves et favoriser la restauration des habitats naturels remarquables, portent aujourd’hui leurs fruits. Les détails

Lundi 9 mai de 18h à 20h à Mulhouse
> Économie, emploi et formation : du Rhin-frontière au Rhin-passerelle

  • Patrick Hell, chargé de mission Infrastructures et Réseaux Consulaires Européens à la CCI Alsace (Mulhouse).
  • Magalie Obrecht, responsable de la pépinière d’entreprises La Ruche, de la plateforme pour l’emploi transfrontalier Petra à Fessenheim et des relations avec le Gewerbepark Breisgau.
  • Serge Neunlist, 1er vice-président de l’Université de Haute-Alsace, en charge des relations internationales et initiateur de NovaTris, centre de compétences transfrontalières.

De frontière naturelle entre le Bade et l’Alsace, le Rhin est aujourd’hui le symbole des passerelles et des coopérations franco-germano-suisses. De très nombreuses initiatives ont vu le jour dans les domaines de l’économie, de la formation, de l’emploi, du tourisme et de la culture. Les détails

Lire les articles des tables-rondes organisées dans le cadre du cycle de conférence à l’UHA


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